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PLURALISME DE L'ANACR
(suite)
Lors des Stages Nationaux de Formation
des Ami(e)s de la Résistance, qui se sont déroulés
à Saint-Denis lors des week-ends de l'Ascension
2004 et de la Pentecôte 2005, Charles Fournier-Bocquet
a longuement évoqué cette construction
pluraliste de l'ANACR qui a fait coexister tout au long
de son histoire dans ses organes de direction ou à
son comité d'honneur, outre ceux déjà
cités, des femmes et des hommes aussi divers
que Madeleine Braun, Martha Desrumeaux, Claude Gérard,
Ségolène Malleret-Joinville, Mme Edmond
Michelet, Vincent Badie, Claude Bourdet, André
Carrel, Laurent Casanova, Jean Cassou, Jacques Chaban-Delmas,
Robert Chambeiron, René Char, les Généraux
Angenot, Binoche, de Bollardière, Casso, Fernandez,
Le Corguillé, Martin, Plagne, Roubertier, Tubert,
et Valin, Robert Galley, Auguste Gillot, l'abbé
Glasberg, Gilbert Grandval, Georges Guingouin, Léo
Hamon, Maurice Kriegel-Valrimont, Joël Le Tac,
Louis Longequeue, Raymond Offroy, le colonel Passy,
Jean Pierre-Bloch, Roger Priou-Valjean, le colonel Henri
Rol-Tanguy, l'Amiral Antoine Sanguinetti, Pierre Sudreau,
François Tanguy-Prigeant, Louis Terrenoire, Mgr
Théas, Charles Tillon, Louis de Villefosse.
A la diversité des parcours résistants
mais aussi des engagements politiques postérieurs
à la Libération que traduit cette - fort
incomplète - liste, chacun peut comprendre que
si - quelles que soient les médiations de raisonnement
visant à les faire découler du Programme
du CNR - l'ANACR avait systématiquement, a fortiori
en donnant des consignes de vote, pris des positions
intervenant directement dans le débat politique
et social, qu'il concerne la vie politique intérieure
ou la situation internationale, son unité aurait
volé en éclats .
Elle a connu il est vrai, en 1958, un
moment difficile, dans le contexte du soulèvement
militaire le 13 mai à Alger contre le Gouvernement
de la République, le débarquement de parachutistes
en Corse faisant peser une menace d'aventure et pouvant
faire craindre une dictature militaire en France continentale,
tandis que, tant à Alger qu'à Paris, des
voix s'élevaient pour réclamer le retour
au pouvoir du général de Gaulle, au prestige
évident parmi les Résistants ; retour
qui se concrétisera en juin et s'institutionnalisera
à l'automne dans l'avènement de la Vème
République, dont le Général de
Gaulle devient le premier président.
L'ANACR surmonta cette épreuve,
de par la volonté de tous de dépasser
les appréciations divergentes sur les événements
mais aussi sans nul doute pour une raison que traduit
une phrase de l'intervention de Léo Hamon lors
du Conseil national de l'ANACR le 14 décembre
1958 - "Villon et moi , nous avons vécu
ensemble des choses qui ne s'oublient pas" -, c'est-à-dire
le puissant facteur de cohésion entre les adhérents
de l'ANACR qui découle de leur participation
commune à ce combat si intense, si exaltant et
si plein de dangers pouvant être mortels que fut
la Résistance.
C'est dans des termes à la fois
semblables mais aussi différents - notamment
pour des raisons évidentes de générations
- que se pose pour les Ami(e)s de la Résistance
la question du pluralisme de leur Association, tel qu'il
en a été posé comme principe fondateur
PLURALISME DES "AMI(E)S"
Principe fondateur de l'"Association
Nationale des Ami(e)s de la Résistance ANACR",
le pluralisme l'est en effet ; et si fondamental qu'il
figure dans deux des articles de ses statuts. Dès
leur article 2, ces statuts précisent qu'elle
"a pour but de rassembler sans distinction politique,
philosophique ou religieuse et dans l'esprit de pluralisme
de l'"Association Nationale des Anciens Combattants
de la Résistance (ANACR)", dont elle entend
appuyer l'action, tous ceux qui veulent
"
Cette notion de pluralisme figure aussi
dans l'article14, ce qui souligne l'importance que l'Association
lui attache puisque son non-respect est même l'une
des causes de cessation d'appartenance : "La qualité
de membre de l'"Association Nationale des Ami(e)s
de la Résistance ANACR" se perd par la démission,
par le non règlement de la cotisation durant
deux années consécutives, par le non respect
du caractère pluraliste de l'Association, par
la tenue de propos ou la publication d'écrits
hostiles et diffamatoires à l'égard de
la Résistance et de l'"Association Nationale
des Anciens Combattants de la Résistance"
(ANACR), par des comportements et prises de positions
contraires aux valeurs démocratiques et antiracistes
de la Résistance."
Pas plus que l'ANACR, l'Association des
"Ami(e)s" ne se situe à droite, à
gauche ou au centre de l'échiquier politique,
parce que coexistent en son sein des femmes et des hommes
se réclamant de toutes les déclinaisons
de cette rapide classification, parce qu'y adhèrent
notamment des parlementaires de toutes les formations
représentées à l'Assemblée
Nationale et au Sénat, ainsi que des élus
locaux et régionaux de toutes opinions démocratiques,
qui partagent nos convictions antifascistes, soutiennent
notre combat contre le négationnisme et pour
souligner le rôle historique de la Résistance,
appuient notre demande de Journée Nationale de
la Résistance le 27 mai. Nous sommes une association
antifasciste, républicaine et démocratique,
dont l'article 2 des statuts précise la nature
et délimite le champ d'action, et conséquemment
la base sur laquelle chacun choisit, librement et en
toute connaissance de cause, d'y adhérer:
"Perpétuer l'esprit de la
Résistance, faire partager et transmettre aux
générations présentes et futures
les idéaux communs aux résistants, exprimés
en premier lieu par le Programme du Conseil National
de la Résistance,
- Approfondir la connaissance de l'histoire
de la Résistance antinazie sur le sol national
et hors de France, du sens de son combat et de ses faits
d'armes, de l'esprit démocratique et patriotique
des résistants face aux occupants nazis et aux
collaborateurs vichystes et contribuer à diffuser
largement cette connaissance, en premier lieu parmi
les jeunes générations.
- Honorer la mémoire des combattants
de la Résistance.
- Combattre les idéologies d'inspiration
fasciste et collaborationniste, le négationnisme,
la xénophobie, le racisme.
- Lutter pour la sécurité
des personnes et des Etats, le respect des identités
nationales, la fraternité entre les peuples,
l'épanouissement des libertés, la paix
"
C'est là, chacun en conviendra,
un vaste champ d'action qui suffit à notre peine.
Ainsi en est-il de la bataille pour la mémoire
authentique de ce que furent la Résistance et
son rôle, les valeurs qui motivèrent les
Résistants. Le contexte de la Guerre froide avait
mis à mal la restitution historique de la réalité
pluraliste de la Résistance, par des déformations
émanant des deux camps vigoureusement opposés
: à la survalorisation du rôle de telle
ou telle composante de la Résistance par les
uns répondait sa sous-estimation par les autres,
et vice-versa. La Guerre froide s'estompant, des progrès
ont été faits par la suite dans la voie
d'une approche plus historique de cette réalité
pluraliste de la Résistance, la prise en compte
de la mémoire vivante des Résistants pouvant
s'inscrire en faux contre telle ou telle assertion ayant
d'ailleurs été pour beaucoup dans cette
évolution. Pour autant, la bataille pour cette
approche historique et non idéologique de la
Résistance est loin d'être gagnée
: les bouleversements intervenus dans le monde depuis
le milieu des années 1980 ont même conforté
une historiographie falsificatrice plus ou moins marquée
de la réalité de la Résistance.
Les polémiques ces toutes dernières
années sur divers événements de
notre histoire récente, par exemple à
propos de la réhabilitation des fusillés
pour mutinerie en 1917, de la libération de Papon
malgré sa condamnation pour complicité
de crimes contre l'humanité, de la torture en
Algérie (affaire Aussaresses), et tout récemment
de l'appréciation de la colonisation, montrent
bien, à ceux qui en douteraient et voudraient,
le hiérarchisant, privilégier un discours
immédiatement politique, à quel point
la connaissance - authentique ou non - de la réalité
historique n'est pas une affaire marginale mais un aspect
essentiel du débat et du combat démocratiques
contemporains. Ce qui souligne, pour nous en tenir à
ce qui seulement nous concerne directement en tant qu'"Ami(e)s"
- c'est-à-dire l'authenticité de ce qui
s'écrit et se dit sur la Résistance mais
aussi sur les crimes de collaboration et le fascisme
au pouvoir, car le négationnisme est structurant
du discours de Le Pen et ses clones -, l'importance
de notre rôle.
Bien sûr, de multiples autres aspects
tant de ce débat que de ce combat peuvent, dans
les domaines politique, économique, social et
culturel, légitimement concerner, voire passionner
nos adhérents : les " Ami(e)s de la Résistance
qui le souhaitent, sur des sujets qui leur tiennent
particulièrement à cur, peuvent
s'engager plus dans un arc-en-ciel de syndicats, de
partis politiques, de mouvements et associations démocratiques,
qui leur offre des cadres d'action "spécialisés"
que ne peut évidemment leur fournir notre Association
; laquelle ne saurait jouer dans ces domaines un rôle
de substitut dispensant - pour ceux qui en ressentiraient
personnellement le besoin - de tout autre engagement,
qu'il soit politique, syndical, social, philosophique,
religieux ou culturel. D'autant plus que, selon leurs
convictions, les " Ami(e)s " apportent des
réponses pouvant aller de la nuance à
la différence affirmée aux questionnements
de l'actualité politique et sociale.
De plus, il nous faut avoir conscience qu'à la
différence des Résistants, les "Ami(e)s"
ne sont pas rassemblés par un lien aussi fort
que l'est la participation à la Résistance.
C'est pourquoi il serait destructeur - pour ne pas dire
suicidaire à terme - de nous écarter de
la spécificité qui est la nôtre
et qui, au delà précisément de
nos différences d'opinion politiques, philosophiques
ou religieuses, explique et légitime notre appartenance
commune à l'"Association Nationale des Ami(e)s
de la Résistance (ANACR)" : à savoir
la volonté - commune à tous - d'approfondir
la Connaissance de la Résistance et de son rôle,
la lutte contre le négationnisme et les falsifications
de l'histoire, le combat contre les résurgences
du fascisme et pour les valeurs de la Résistance.
Certes, il n'est pas besoin d'être un brillant
rhétoricien rompu à l'exercice de la dialectique
pour constater ou démontrer que les valeurs de
la Résistance, que les mesures préconisées
par le Programme du CNR entrent en résonance
avec nos débats politiques et sociaux contemporains.
C'est très bien ainsi, et nous devons rappeler
et diffuser dans nos rangs mais aussi bien au-delà,
dans les associations, syndicats et partis démocratiques,
et plus largement encore dans toute la société,
le contenu du Programme du CNR . Sans pour autant leur
en suggérer un quelconque, car ce n'est en aucune
façon - de par notre nature - notre rôle,
l'on ne peut que souhaiter qu'en ayant pris connaissance
de ce contenu du Programme du CNR nos concitoyens l'intègrent
dans leur réflexion, notamment au moment de leurs
choix électoraux. Lesquels, à l'évidence,
ne seront pas tous identiques.
Cela est aussi vrai pour nos propres adhérents
: si ce n'était pas le cas, cela signifierait
que nous ne compterions dans nos rangs que des femmes
et des hommes ne se situant que seulement dans une partie
du spectre des opinions démocratiques. Ce qui
serait contraire au pluralisme fondateur de l'ANACR
et des "Ami(e)s" de la Résistance ;
un pluralisme qui nous interdit par exemple de donner
de quelconques consignes de vote , sauf cas - espérons-le
- exceptionnel, comme en 2002 l'appel au vote contre
Le Pen au 2ème tour de l'élection présidentielle.
Outre que son caractère antifasciste n'a pas
besoin d'être démontré, il s'est
situé dans une réaction nationale dont
le résultat - 82,21 % des exprimés, 62%
des inscrits contre Le Pen au second tour - n'est pas
sans rappeler l'unité de la Résistance
face au fascisme.
Ce respect plein et entier du pluralisme consubstantiel
de l'ANACR et des "Ami(e)s " ne pourrait être
préservé si nous intervenions sur toutes
les questions politiques, économiques et sociales,
nationales et internationales... Et quand, toujours
aux côtés de l'ANACR, nous sommes amenés
très exceptionnellement à le faire, comme
cela a été le cas lorsque la Guerre menaçait
en Irak, c'est dans le cadre d'un très large
consensus national en nous référant au
programme du CNR, à la Charte des Nations-Unies
et aux positions communes du monde combattant, l'UFAC
en premier lieu, en ayant toujours le souci du pluralisme
qu'implique la féconde diversité de nos
adhérents.
UN PLURALISME CONSUBSTANTIEL
Pour conclure, découlant de celui de la Résistance,
de celui de l'ANACR, le pluralisme des "Ami(e)s
de la Résistance (ANACR)" est consubstantiel
à leur identité et par là-même
ne peut être en débat mais mis en uvre
avec constance ; et le but de cet article n'a été
que d'en rappeler et expliciter les fondements. Dès
lors que les groupes locaux et départementaux
d'"Ami(e)s", sans se disperser sur d'autres
créneaux du combat démocratique, tiendront
celui qui est leur spécificité et de leur
responsabilité - la lutte contre les résurgences
du fascisme, contre le négationnisme, la réhabilitation
du pétainisme, les falsifications de la réalité
de la Résistance, contre la xénophobie
et pour les valeurs de la Résistance -, ce pluralisme
ne sera en aucune façon une contrainte limitant
leur champ d'action mais bien au contraire un atout
leur ouvrant la possibilité de s'adresser, dans
sa diversité, à l'ensemble de notre peuple
et de trouver en son sein de nouveaux "Ami(e)s
de la Résistance (ANACR)" prêts à
mener le combat avec eux.
Le secrétariat national
des "Ami(e)s de la Résistance (ANACR)"
Tout en rappelant l'attachement
des Résistants à la fois au respect de
la souveraineté nationale de la France et à
la coopération entre les peuples et entre les
Etats, ni l'ANACR ni les "Ami(e)s de la Résistance",
car ce n'est, rappelons-le encore une fois, ni leur
nature et leur rôle, n'ont donné de consigne
de vote dans le récent débat sur la Constitution
européenne qui a traversé la quasi-totalité
des formations politiques et séparé en
deux parties presque égales l'électorat.
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