PLURALISME DE L'ANACR…(suite)

L'immédiat après-Libération, alors que le combat pour abattre définitivement le nazisme va continuer jusqu'à la victoire du 8 mai 1945, ainsi que l'année qui va suivre, constituent une période relativement faste pour la mise en œuvre de mesures et réformes découlant directement du Programme du CNR : création de la Sécurité sociale, mise en place des Comités d'entreprises nationalisations dans le secteur bancaire, les mines, l'industrie, etc. D'une part pratiquement tous les partis représentés à l'Assemblée Nationale se réfèrent à ce programme.et, d'autre part, les forces politiques et les couches sociales qui lui sont hostiles, et ne sont évidemment pas disparues, sont cependant discréditées par leur adhésion au pétainisme et leur compromission dans la collaboration ; elles sont de ce fait mises pour un temps hors-jeu et font le dos rond en attendant des jours meilleurs pour elles : une opportunité que la "Guerre froide" va leur offrir

Conjointement aux premières fractures liées au débat sur les futures institutions de la IVème République, qui entraînèrent en 1946 le départ du général de Gaulle puis le rejet d'un premier projet de Constitution, la "Guerre froide" qui s'installe à l'échelle mondiale entre deux "camps" animés par les Etats-Unis et l'URSS va avoir des conséquences négatives quant à la pérennisation de l'unité réalisé dans la lutte contre le fascisme. Les organisations rassemblant les Résistants, les Déportés vont, comme de multiples autres - telle sur le plan syndical la CGT -, se diviser, selon les affinités plus ou moins affirmées avec l'un ou l'autre deux camps s'auto-désignant, l'un celui du "Monde libre" et l'autre celui "de la Paix".

Cette division va en France faciliter la réinsertion sur la scène politique sinon des formations ouvertement fascistes du moins d'une partie du personnel politique lié au régime pétainiste, elle va conduire aux grâces et à la libération anticipée de condamnés pour faits de collaboration alors même qu'étaient engagées des poursuites contre des Résistants pour faits de… Résistance , à la restitution de positions économiques dominantes à des féodalités industrielles sanctionnées pour collaboration économique, à la réintégration de policiers, juges ou fonctionnaires épurés pour leurs agissements pendant l'Occupation, et stopper l'adoption de nouvelles mesures préconisées par le Programme du CNR avant de permettre les premières remises en cause des avancées sociales et démocratiques découlant de celles déjà mises en œuvre. Sur le plan international, ce contexte de guerre froide va permettre l'enrôlement dans les rangs des forces du "Monde libre" d'anciens politiciens ou militaires des régimes fascistes vaincus en 1945, tels, dans le cadre du réarmement allemand, les anciens généraux nazis Gehlen ou Speidel.

C'est notamment ce réarmement de l'Allemagne, faisant appel à des généraux nazis, qui, en rapprochant dans le combat pour l'empêcher des Résistants de sensibilités diverses , va contribuer à créer en 1954 les conditions de la mise en place de l'Association Nationale des Anciens Combattants de la Résistance comme élargissement et dépassement de l'Association des Anciens FFI-FTP, dont les radicalisations de la Guerre froide - ayant entraîné parfois des positionnements politiques unilatéraux - avaient contribué à contracter drastiquement les effectifs autour de sa sensibilité principale.

Dès le congrès de Limoges en 1954, l'ANACR s'affirme pluraliste, ce que concrétise d'emblée la diversité de l'appartenance résistante des dirigeants qui y sont élus : président, Pierre Villon a été secrétaire général du Front National clandestin, membre fondateur du CNR et président du C.O.M.A.C., vice-présidents, Albert Forcinal, résistant-déporté, était un ancien ministre radical, l'Amiral Moullec était ancien chef d'état-major des Forces Navales Françaises Libres, le Général Joinville, ancien chef d'état-major national des FFI, Vercors l'une des plus grandes figures de la Résistance intellectuelle, la générale Delestraint, la veuve du chef de l'Armée Secrète mort en Déportation. Le Secrétaire général, Charles Fournier-Bocquet, lieutenant-colonel FFI, est un ancien F.N.-FTPF et de la 1ère Armée, l'un des secrétaires, Robert Vollet, est un ancien de l'A.S. Sont notamment membres du Bureau National Jacques Bounin, ancien Commissaire de la République à Montpellier, René Cerf-Ferrière, cofondateur de "Combat", Jacques Debu-Bridel, membre fondateur du CNR où il représenta la Fédération républicaine, l'abbé Maurice Droesch, de "Libération Nord", Natalis Dumez, fondateur de la "Voix du Nord", Emmanuel d'Astier de la Vigerie, fondateur du mouvement "Libération", Albert Ouzoulias, membre du C.M.N. des FTPF… Au comité d'honneur se côtoient notamment José Aboulker, organisateur de la Résistance à Alger, Louis Aragon, Jacques Duclos, dirigeant du Parti communiste clandestin, Louis Marin, l'un des "80", le colonel Manhès, Pierre Meunier, secrétaire général du CNR, l'Amiral Muselier, ancien commandant en chef des FNFL, le général Petit, ancien chef d'état-major des FFL, Louis Saillant, président du CNR après la Libération, André Tollet, Président du Comité Parisien de Libération…

La CGT, réunifiée par les Accords du Perreux du 17 avril 1943, va ainsi se rediviser en 1948 : à côté de la CGT (Frachon, Saillant) se crée la CGT-Force 0uvrière (Jouhaux, Bothereau).

Dans le n° de septembre-octobre 2005 du Journal de la Résistance ont été évoquées les poursuites engagées en 1953 contre Georges Guingouin et ses camarades. Il y eut - hélas -d'autres cas du même type à travers la France.

Principalement - mais non exclusivement - communiste et gaulliste, mais aussi radicale, progressiste, chrétienne, etc.

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