|
En effet, Paris insurgé
tenait les troupes de Von Choltitz dans
un filet, les paralysait, les enserrait
dans quelques points d'appui, interdisait
le passage aux armées allemandes venues
du sud en retraite mais attirait à
lui les armées alliées, appelées
par Rol-Tanguy, et recevait le concours
indispensable des blindés de la 2e
D.B. pour réduire ces points d'appui.
Ajoutons que, selon le témoignage du
général Legentilhomme, cette victoire
a rendu inutile une grande opération
aéroportée prévue dans la
Beauce. L'insurrection parisienne, couronnée
par l'action de la 2e D.B., avait répondu
à l'espoir du C.P.L., présidé
par André Tollet, qui avait lancé:
"Toute la population doit par tous les
moyens empêcher la circulation de l'ennemi.
Abattez des arbres, creusez des tranchées
anti-chars, dressez des barricades. C'EST
UN PEUPLE VAINQUEUR QUI RECEVRA LES ALLIES."
Et
les trois autres cinquièmes du territoire
L'insurrection nationale
a donc porté les troupes débarquées
sur leurs objectifs avec une avance qui se
compte EN MOIS et en épargnant
à la France et à ses alliés
un nombre considérable, quoique impossible
à estimer, de vies humaines et de dégâts
matériels. Que l'on songe en effet à
ce qu'eût été la Libération
pierre par pierre... Et l'on ne dira jamais
assez qu'au surplus, grosso modo au sud de
l'axe Bretagne-Côte d'Or et à l'ouest
de l'axe Côte d'Or-Marseille, le considérable
territoire qui représente environ les
3/5e de la surface totale de la France fut
entièrement libéré par l'insurrection
nationale seule. En témoignant aussi
bien l'historique de la Libération des
villes et des villages que l'appréciation
donnée par le général Eisenhower
déjà citée sur l'appoint militaire
considérable que représenta pour
lui la protection de son aile droite, en fait
assurée par cette grande zone insurgée
qui n'eut d'ailleurs pas besoin de faire appel
aux Alliés.
Ajoutons qu'une preuve absolument éclatante
de l'efficacité de l'insurrection nationale
réside encore dans la suite des événements
: dès qu'elles furent arrivées à
la limite de la zone insurgée, c'est-à-dire
en gros sur les frontières, les troupes
alliées durent stopper. Cet arrêt
brutal, après la merveilleuse "surprise"
du mois d'août, faillit d'ailleurs avoir
des conséquences très graves. Le
commandement allié était porté
à voir les choses tellement "en rose"
que le 8 septembre il considérait "invraisemblable"
que toute Résistance organisée sous
la direction du haut commandement allemand
puisse continuer au-delà du 1er décembre
1944". Il ajoutait même: "Peut-être
même cessera-t-elle plus tôt".
Montgomery esquissait un plan de marche forcée
jusqu'à Berlin qu'il pensait réalisable
avant l'hiver ! Il fallut déchanter.
Derrière les troupes allemandes ne se
trouvait plus un territoire insurgé...
(11).
En septembre 1943, la Corse avait donné
l'exemple grâce à l'héroïsme
de sa Résistance appuyée sur l'ensemble
de la population: elle était devenue
LE PREMIER DEPARTEMENT FRANCAIS LIBERE.
Un an plus tard, la quasi-totalité du
territoire national avait inscrit sa lutte
à la suite de cette glorieuse page de
l'histoire de la Résistance française.
L'insurrection nationale avait bouleversé,
précipité, le calendrier prévu
pour les opérations alliées, assuré
puis précipité leur succès
et la libération de la France. La réalité
historique s'impose d'une façon qui justifie
notre confiance en sa force, en sa capacité
de vivre dans la mémoire collective et
donc de participer à la formation du
civisme des générations qui doivent
à la victoire alliée de connaître
la liberté. Quels que soient les aléas
de la vie nationale, nous avons totalement
confiance que cette transmission du civisme
portera ses fruits.
CHARLES
FOURNIER-BOCQUET
(11) Jacques
Nobécourt : Le dernier coup de dés
de Hiltler
|