| Le
Conseil National de La Résistance |
LE
PROGRAMME D'ACTION DE LA RESISTANCE
II
- MESURES A APPLIQUER DES LA LIBERATION
DU TERRITOIRE
Unis quant au but à
atteindre, unis quant aux moyens à
mettre en oeuvre pour atteindre ce but qui
est la libération rapide du territoire,
les représentants des mouvements, groupements,
partis ou tendances politiques groupés
au sein du C.N.R., proclament qu'ils sont
décidés à rester unis après
la libération :
1. Afin d'établir le
gouvernement provisoire de la République
formé par le général de Gaulle
pour défendre l'indépendance politique
et économique de la nation, rétablir
la France dans sa puissance, dans sa grandeur
et dans sa mission universelle;
2. Afin de veiller au châtiment
des traîtres et à l'éviction
dans le domaine de l'administration et de
la vie professionnelle de tous ceux qui
auront pactisé avec l'ennemi ou qui
se seront associés activement à
la politique des gouvernements de collaboration;
3. Afin d'exiger la confiscation
des biens des traîtres et des trafiquants
de marché noir, l'établissement
d'un impôt progressif sur les bénéfices
de guerre et plus généralement
sur les gains réalisés au détriment
du peuple et de la nation pendant la période
d'occupation, ainsi que la confiscation
de tous les biens ennemis, y compris les
participations acquises depuis l'armistice
par le gouvernement de l'Axe et par leurs
ressortissants dans les entreprises françaises
et coloniales de tout ordre, avec constitution
de ces participations en patrimoine national
inaliénable;
4. Afin d'assurer :
- l'établissement de
la démocratie la plus large en rendant
la parole au peuple français par
le rétablissement du suffrage universel;
- la pleine liberté
de pensée, de conscience et d'expression;
- la liberté de la
presse, son honneur et son indépendance
à l'égard de l'Etat, des puissances
d'argent et des influences étrangères;
- la liberté d'association,
de réunion et de manifestation;
- l'inviolabilité du
domicile et le secret de la correspondance;
- le respect de la personne
humaine;
- l'égalité absolue
de tous les citoyens devant la loi;
5. Afin de promouvoir les
réformes indispensables :
a) sur le plan économique
:
- l'instauration d'une véritable
démocratie économique et sociale,
impliquant l'éviction des grandes
féodalités économiques
et financières de la direction de
l'économie;
- une organisation rationnelle
de l'économie assurant la subordination
des intérêts particuliers à
l'intérêt général
et affranchie de la dictature professionnelle
instaurée à l'image des Etats
fascistes;
- l'intensification de la
production nationale selon les lignes
d'un plan arrêté par l'Etat
après consultation des représentants
de tous les éléments de cette
production;
- le retour à la nation
des grands moyens de production monopolisés,
fruit du travail commun, des sources d'énergie,
des richesses du sous-sol, des compagnies
d'assurances et des grandes banques;
- le développement
et le soutien des coopératives de
production, d'achats et de ventes, agricoles
et artisanales;
- le droit d'accès,
dans le cadre de l'entreprise, aux fonctions
de direction et d'administration, pour
les ouvriers possédant les qualifications
nécessaires, et la participation
des travailleurs à la direction de
l'économie.
b) sur le plan social :
- le droit au travail et
le droit au repos, notamment par le rétablissement
et l'aménagement du régime contractuel
du travail;
- un rajustement important
des salaires et la garantie d'un niveau
de salaire et de traitement qui assure
à chaque travailleur et à sa
famille la sécurité, la dignité
et la possibilité d'une vie pleinement
humaine;
- la garantie du pouvoir
d'achat national par une politique tendant
à la stabilité de la monnaie;
- la reconstitution, dans
ses libertés traditionnelles, d'un
syndicalisme indépendant, doté
de larges pouvoirs dans l'organisation
de la vie économique et sociale;,
- un plan complet de sécurité
sociale, visant à assurer à
tous les citoyens des moyens d'existence,
dans tous les cas où ils sont incapables
de se le procurer par le travail, avec
gestion appartenant aux représentants
des intéressés et de l'Etat;
- la sécurité
de l'emploi, la réglementation des
conditions d'embauchage et de licenciement,
le rétablissement des délégués
d'atelier;
- l'élevation et la
sécurité du niveau de vie des
travailleurs de la terre par une politique
de prix agricoles rémunérateurs,
améliorant et généralisant
l'expérience de l'Office du blé,
par une législation sociale accordant
aux salariés agricoles les mêmes
droits qu'aux salariés de l'industrie,
par un système d'assurance contre
les calamités agricoles, par l'établissement
d'un juste statut du fermage et du métayage,
par des facilités d'accession à
la propriété pour les jeunes
familles paysannes et par la réalisation
d'un plan d'équipement rural;
- une retraite permettant
aux vieux travailleurs de finir dignement
leurs jours;
- le dédommagement
des sinistrés et allocations et pensions
pour les victimes de la terreur fasciste.
c) Une extension des droits
politiques, sociaux et économiques
des populations indigènes et coloniales.
d) La possibilité effective
pour tous les enfants français de bénéficier
de l'instruction et d'accéder à
la culture la plus développée,
quelle que soit la situation de fortune
de leurs parents, afin que les fonctions
les plus hautes soient réellement accessibles
à tous ceux qui auront les capacités
requises pour les exercer et que soit ainsi
promue une élite véritable, non
de naissance mais de mérite, et constamment
rénouvelée par les apports populaires.
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Ainsi sera fondée une
République nouvelle qui balaiera le
régime de basse réaction instauré
par Vichy et qui rendra aux institutions
démocratiques et populaires l'efficacité
que leur avaient fait perdre les entreprises
de corruption et de trahison qui ont précédé
la capitulation. Ainsi sera rendue possible
une démocratie qui unisse au contrôle
effectif exercé par les élus du
peuple la continuité de l'action gouvernementale.
L'union des représentants
de la Résistance pour l'action dans
le présent et dans l'avenir, dans l'intérêt
supérieur de la patrie, doit être
pour tous les Français un gage de confiance
et un stimulant. Elle doit les inciter à
éliminer tout esprit de particularisme,
tout ferment de division qui pourrait freiner
leur action et ne servir que l'ennemi.
En avant donc, dans l'union
de tous les Français rassemblés
autour du C.F.L.N. et de son président
le général de Gaulle !
En avant pour le combat,
en avant pour la victoire afin que VIVE
LA FRANCE!
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| Les
membres du conseil national de la Résistance
(C.N.R) réunis le 10 septembre
1944. Ils ne sont cependant pas ici
au complet puisque sont notamment absents
les représentants de "Combat" et
de l'O.C.M. De gauche à droite,
on reconnaît: Robert Chambeiron,
Pierre Meunier, Auguste Gillot, Joseph
Laniel, Henri Ribière, Jacques
Lecompte-Boinet, Gaston Tessier, Pierre
Villon, Georges Bidault, André
Mutter, Louis Saillant, Pascal Copreau,
Paul Bastid, Daniel Mayer, Jean-Pierre
Lévy et Jacques Debû-Bridel... |
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