Combats de la Résistance : le rôle de la Résistance dans la Libération

L'INSURRECTION NATIONALE PRECIPITE LA LIBERATION (Suite)

La tête de pont "explose"
Bref, le débarquement a réussi. Eisenhower avait préparé une lettre revendiquant sa responsabilité personnelle en cas d'échec. Gagnant la France sur les arrières de la flotte de débarquement, le général Legentilhomme avait en poche les enveloppes scellées, à n'ouvrir que sur ordre, qui contenaient les instructions en cas de réembarquement. A 9h du matin, Bradley lui-même, avait cru à l'échec. Pourtant, le 6 au soir, 175 000 hommes tiennent la tête de pont. Bayeux a été libérée sans combat. Toutefois, Caen est tenue par des blindés allemands qui stoppent Montgomery. Que va t-il se passer ? Faudra t-il reconquérir la France mètre par mètre au prix de sacrifices incommensurables ? Le 10 juin, le COMAC (3) dit en son ordre d'opération: "Seule l'insurrection nationale, libérant le sol national aussi rapidement que possible, peut éviter que la France ne soit dévastée et meurtrie dans sa chair par une avance plus ou moins lente des troupes alliées...". C'était la formule du Général De Gaulle: "La Libération nationale est inséparable de l'insurrection nationale". Cherbourg est pris le 27 juin, Saint-Lô ne tombe que le 18 juillet, Coutances le 28, Granville et Avranches le 31. Mais la cadence va s'accélérer. L'historiographe officiel américain Forrest C. Pogue écrit: "En juillet, les forces de la Résistance intensifièrent leurs attaques sur les mouvements ennemis par voies ferrées. Elles portèrent leur principale activité contre l'ennemi en Normandie, au sud de la tête de pont, dans la vallée du Rhône, contre la ligne de communication de la trouée de Toulouse et de Paris-Orléans...En Bretagne, ces forces travaillèrent directement avec les unités américaines après la percée...leur travail fût gêné par leur manque de ravitaillement, puisque en juillet, 2 ravitaillements par avion eurent lieu seulement". (4) A partir de ce moment, l'efficacité de la Résistance va jouer à plein : les maquis de la région de Mortain et St-Hilaire-du-Harcouët participent à ouvrir la route de la Bretagne, où la Résistance, qui vient avec les S.A.S évoqués ci-contre, de "fixer" des formations allemandes dont l'ennemi aurait eu besoin sur le front principal, devient, selon le général Bradley "un allié de valeur" et d'expliquer: "La Résistance française bloquait les routes de Bretagne et poussait les Allemands en zones fortifiées..."(5).
Camp d'un maquis breton
La Résistance bretonne jouera un rôle décisif dans la libération de la région...

En fait, entrés en contact avec une zone complètement insurgée, les alliés furent conduits par étapes forcées jusqu'à Brest, observation pouvant être faite qu'une meilleure écoute des FFI eût sans doute permis dès l'instant d'éviter la formation des poches allemandes de Lorient, St-Nazaire puis La Rochelle. Cependant maîtres de Rennes, le 4 août, de Nantes le 10, les Alliés se retournent vers l'Est, Falaise, Le Mans. La 2e D.B, débarquée le 1er août, a pris Alençon et Argentan, les maquis de l'Orne facilitant sa progression. Les troupes de Von Kluge qui ont pu s'échapper partiellement de la bataille de Mortain et de la poche de Falaise battent en retraite vers la Seine, mais se heurtent aux sérieux accrochages des maquis de l'Est du Calvados qui entrent dans Lisieux avec les Britanniques et ouvrent aux Canadiens la ville d'Honfleur, dont ils ont détruit le blockhaus. Dans la partie contiguë de l'Eure, sur la rive gauche de la Seine, la maquis Surcouf livre une indescriptible guérilla, se jetant littéralement dans les jambes des troupes nazies dont le bel ordre n'est déjà plus qu'un souvenir.
Traverser la Seine ?
Le général Joinville, chef d'état-major national des FFI, avait exprimé la crainte que la 7e armée allemande réussisse à traverser la Seine et constitue sur les falaises de la rive droite une ligne de défense pouvant coûter cher aux Alliés. La mission principale fut donc de les en empêcher. Certes, une partie de la mission avait été accomplie par les aviations alliées, le commandement partageant évidemment le même souci. Cependant, les méthodes de bombardement de l 'aviation américaine (haute altitude, suivant le cours du fleuve, c'est-à dire perpendiculairement aux ponts) avaient provoqué d'effrayants dégâts dans les ville de la Basse-Seine. (Par exemple Sotteville-les-Rouen comptait 18 324 sinistrés sur 25 657 habitants !). Les mouvements et réseaux avaient protesté, considérant qu'une bonne partie des bombardements étaient "sans excuses" (réseau Eleuthère, dès le 26 mai 1944), demandaient des explosifs et signalaient un mouvement d'opinion hostile aux Américains. Il convient de dire que les méthodes de bombardements britanniques étaient différentes, efficaces et économes de vies humaines: rasemottes perpendiculairement au fleuve, c'est-à dire dans l'axe des ponts ou des passages des bacs.
Les FFI de l'Eure et de la Seine Maritime eurent donc comme objectif de couler tous les moyens de passage qui n'avaient pas été atteints par l'aviation : bacs, péniches, barques, pontons...et bien sûr le dernier pont de bois de Rouen, endommagé mais réparé et qui put être incendié. Ainsi les armées allemandes s'amassèrent dans les ruines de la rive gauche de Rouen, hommes de toutes unités, matériels aussi disparates que possible allant du char Tigre à la voiture d'enfant chargée de paquetages, formant ainsi une énorme cible bientôt soumise à un bombardement dont le nombre des victimes ne sera jamais exactement connu, la plus faible estimation étant 10 000. Ne passèrent sur la rive droite que des éléments employant des moyens de fortune : radeaux, arbres, poutres, chevaux, baignoires et même lessiveuses-sic-d'où d'innombrables noyades (6). En aval de la ville, ils improvisèrent des radeaux avec des arbres abattus.
Il n'empêche que le général Sepp Dietrich a avoué: "Nous subîmes lors du passage de la Seine, un désastre presque aussi grand que celui de la poche de Falaise: nous y laissâmes plus de matériel".(7). Il fut possible, après la guerre de connaître le dispositif qui avait été prévu par le général allemand Gause sur les falaises de la rive droite: au centre (autour de Rouen) le 74e corps d'armée, à droite (vers le Havre), le 86e corps d'armée et à gauche le premier corps d'armée S.S (8). La Résistance avait contribué à rendre ce plan irréalisable. Von Kluge s'est suicidé.
Les débris des unités qui remontèrent la Seine vers Paris eurent affaire, très rudement, aux FFI de la Seine-et-Oise, à Mantes et Poissy, et furent cette fois obligés de traverser la Seine et de contourner Paris par le Nord sans pouvoir apporter leur aide à Von Choltitz. Parvenus à Rouen, le 31 août, les Alliés étaient à Anvers le 4 septembre...

(3) Comité d'action militaire du CNR
(4) Le théâtre d'opération européen: le Commandement Suprême-(Washington, ministère de l'Armée)
(5) A soldier Story
(6) Cf: Eddy Florentin: Stalingrad en Normandie
(7) Amiral Lemonnier: Les cent jours de Normandie
(8) Documentattion recueillie par C.X Couture

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