En parcourant les Bulletins de l'A.N.A.C.R

LE SABOTAGE DU TRAIN DE MUNITIONS DE LALUQUE

La Revue de la Résistance (Landes) n°1, 1er trimestre 2001

Devant la société de Borda,
L'HISTORIENNE :
JOSETTE LARREGUE

a présenté une
communication sur cet
épisode exceptionnel
de la Résistance
 

 

Pour la troisième fois dans son histoire, La société de Borda avait inscrit à l'ordre du jour de son assemblée générale du samedi 25 novembre 2000, à Dax, un épisode de la Résistance : l'histoire du sabotage du train de Laluque.
Melle Josette Larregue, historienne, présenta, avec brio et passion, sa communication devant une nombreuse assistance sous la présidence de Monsieur Jean Peyresblanques et en présence de notre camarade de L'ANACR, Mr Marcel Robert, seul survivant.
Cet épisode de la Résistance est demeuré relativement ignoré alors que le sabotage de ce train de munitions a été d'une grande importance stratégique.
En fait, il s'agissait d'assurer la maîtrise de la voie ferrée Hendaye-Paris et d'un dépôt allemand de munitions installé sur le territoire de la commune de Taller. C'est le deuxième dépôt de munitions de Wehrmacht pour son importance.
Dans la première partie de sa conférence, Josette Larregue s'arrêta longuement sur les membres du groupe de résistants de Ponteux, chargé de cette mission et notamment sur :

  • Robert LABEYRIE,
    conseiller municipal socialiste qui refusa de prêter serment à Pétain. Faute de pouvoir rallier le mouvement Libération-Nord alors démantelé, il rejoignit l'Armée Secrète.
  • LAMARQUE-CANDO
    qu'on retrouvera en août 1944, président du Comité départemental de la libération.
  • Léonce DUSSARAT
    connu sous le pseudonyme de Léon des Landes, promu alors chef de l'A.S.
  • Henri FERRAND
    normalien, en rupture du S.T.O. qui présida après la libération l'association départementale de l'ANACR.


C'est fin mai 1944, que ce groupe de résistants reçoit l'ordre de bloquer la voie ferrée et la route nationale afin d'empêcher les troupes de la Wehrmacht de rejoindre la Normandie où doit avoir lieu le débarquement des troupes alliées.
Sur décision de Robert Labeyrie, les pylones supportant le réseau électrique autour de Buglose sautent.
Le dépôt de Taller demeure le point de mire des résistants de Pontonx. Avec l'aide de Darricaut, normalien qui est également en rupture du S.T.O., la Résistance réussit à prendre la mesure de cette énorme accumulation de munitions.

Le dépôt construit dans la forêt proche du village de Taller rassemble de nombreuses pièces d'artillerie de marine, des canons allemands de différents calibres, des canons français et surtout "le 75" que toute l'Europe nous enviait, des fusils et de très grandes quantités de poudre.
Pour la Wehrmacht, ce dépôt est d'une importance capitale. En Normandie, les armées alliées se heurtent à une Résistance acharnée des Allemands.
Le 9 juillet, un mois après le débarquement, elles sont encore devant Caen. L'état-major hitlérien réclame à corps et à cris les armements et munitions de Taller. La pression des alliés sur les résistants devient de plus en plus pressante. Différentes études sont faites sur les moyens de neutraliser les munitions entassées dans la forêt landaise.
Henri Ferrand s'oppose au bombardement aérien qui entrainerait de nombreuses victimes dans la population. Il s'engage à empêcher les armes de quitter Laluque.
Dans le même temps, au dépôt de Taller c'est la bousculade pour mettre en état les armements et les transporter en gare de Laluque.
Les Allemands ne disposent que de deux camions, ce qui retarde les opérations. Le train se constitue donc lentement, au centre de triage de la gare de Laluque pour rassembler finalement 67 wagons.
Le 27 juillet 1944, le départ du train est affiché en gare, pour le soir même. Il n'y a plus une minute à perdre. Henri Ferrand ne dispose que de deux pains de plastic qu'il transporte avec lui. Il réussit à surprendre la vigilance des soldats chargés de surveiller ce précieux trésor de guerre et qui, pour ce faire, patrouillent sans arrêt autour des rames de ce train de munitions. Henri Ferrand parvient à jeter son premier explosif à travers l'ouverture d'un wagon. Le deuxième pain de plastic, il le balance dans le septième wagon, lequel par chance, transporte de la poudre. Il quitte les lieux sans dommage.
Le lendemain, un soldat allemand se souviendra d'un homme au chapeau mou. Mais les recherches n'aboutiront pas.
D'autant qu'un avion allié a mitraillé le train dans l'après-midi, et la population interrogée par la Gestapo qui enquête, affirmera que l'explosion a été provoquée par l'aviation.
Les dégats sont considérables. La gare de Laluque ressemble à un champ de ruines. Les Allemands s'acharnent à sauver ce qui peut encore l'être.
Une nouvelle locomotive est envoyée sur place. Les résistants interviennent à nouveau et la font dérailler.
Désormais, c'en est fini des munitions de Taller pour les armées allemandes du front de Normandie.
Henri Ferrand est heureux.
Les munitions de l'occupant ont été détruites. Mais surtout, il est heureux car il redoutait d'avoir à déplorer des pertes en vies humaines parmi les familles du quartier de la gare, son quartier. L'explosion a provoqué un vacarme extraordinaire entendu à 50 km à la ronde; un affolement général s'en est suivi.
Mais personne n'a été tué.
Le 30 juillet, radio Londres annonce la destruction du train de munitions de Laluque.
L'événement est en effet considérable car il aura pour conséquence d'asphyxier les troupes allemandes du verrou de Rennes.
Dans le cahier du général Patton et dans les mémoires de Churchill, le sabotage des armes et munitions de Laluque est mentionné.
Bel hommage à l'efficacité de la Résistance intérieure, à ses soldats sans uniforme et à ses martyrs.
En 1986, une plaque commémorative est apposée sur le batiment de la gare;
A Laluque, la Résistance a écrit l'une des plus belles pages de l'histoire de la France combattante contre l'hitlérisme.

Le dépôt occupait une énorme superficie

Il s'étendait sur 2 kms le long de cette route qui relie Taller à St Girons et de près de 200 m de chaque côté.


L'hommage du général Patton
Ce général américain, commandant de la troisième armée américaine,
exploita victorieusement le trouée d'Avranches
et atteignit Rennes le 4 août 1944. Dans ses Cahiers de guerre, il écrit :

"La destruction du train de Laluque a provoqué, avec le maximum d'opportunité l'asphyxie de l'artillerie allemande qui ne put s'opposer au franchissement de la Sélune, rivière de Normandie, par 100 000 hommes et 15 000 véhicules de l'armée américaine."


A l'occasion de la pose de la plaque sur la gare, en 1986, le général Bergé félicite Henri Ferrand.
 

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