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Pour la troisième fois dans
son histoire, La société de Borda avait
inscrit à l'ordre du jour de son assemblée
générale du samedi 25 novembre 2000,
à Dax, un épisode de la Résistance :
l'histoire du sabotage du train de Laluque.
Melle Josette Larregue, historienne, présenta,
avec brio et passion, sa communication devant
une nombreuse assistance sous la présidence
de Monsieur Jean Peyresblanques et en présence
de notre camarade de L'ANACR, Mr Marcel Robert,
seul survivant.
Cet épisode de la Résistance est demeuré
relativement ignoré alors que le sabotage
de ce train de munitions a été d'une
grande importance stratégique.
En fait, il s'agissait d'assurer la maîtrise
de la voie ferrée Hendaye-Paris et d'un dépôt
allemand de munitions installé sur le territoire
de la commune de Taller. C'est le deuxième
dépôt de munitions de Wehrmacht pour
son importance.
Dans la première partie de sa conférence,
Josette Larregue s'arrêta longuement sur
les membres du groupe de résistants de Ponteux,
chargé de cette mission et notamment sur
:
- Robert LABEYRIE,
conseiller municipal socialiste qui refusa de
prêter serment à Pétain. Faute
de pouvoir rallier le mouvement Libération-Nord
alors démantelé, il rejoignit l'Armée
Secrète.
- LAMARQUE-CANDO
qu'on retrouvera en août 1944, président
du Comité départemental de la libération.
- Léonce DUSSARAT
connu sous le pseudonyme de Léon des Landes,
promu alors chef de l'A.S.
- Henri FERRAND
normalien, en rupture du S.T.O. qui présida
après la libération l'association
départementale de l'ANACR.
C'est fin mai 1944, que ce
groupe de résistants reçoit l'ordre
de bloquer la voie ferrée et la route nationale
afin d'empêcher les troupes de la Wehrmacht
de rejoindre la Normandie où doit avoir lieu
le débarquement des troupes alliées.
Sur décision de Robert Labeyrie, les pylones
supportant le réseau électrique autour
de Buglose sautent.
Le dépôt de Taller demeure le point
de mire des résistants de Pontonx. Avec l'aide
de Darricaut, normalien qui est également
en rupture du S.T.O., la Résistance réussit
à prendre la mesure de cette énorme
accumulation de munitions.
Le dépôt construit dans
la forêt proche du village de Taller rassemble
de nombreuses pièces d'artillerie de marine,
des canons allemands de différents calibres,
des canons français et surtout "le 75" que
toute l'Europe nous enviait, des fusils et de
très grandes quantités de poudre.
Pour la Wehrmacht, ce dépôt est d'une
importance capitale. En Normandie, les armées
alliées se heurtent à une Résistance
acharnée des Allemands.
Le 9 juillet, un mois après le débarquement,
elles sont encore devant Caen. L'état-major
hitlérien réclame à corps et à
cris les armements et munitions de Taller. La
pression des alliés sur les résistants
devient de plus en plus pressante. Différentes
études sont faites sur les moyens de neutraliser
les munitions entassées dans la forêt
landaise.
Henri Ferrand s'oppose au bombardement aérien
qui entrainerait de nombreuses victimes dans la
population. Il s'engage à empêcher les
armes de quitter Laluque.
Dans le même temps, au dépôt de
Taller c'est la bousculade pour mettre en état
les armements et les transporter en gare de Laluque.
Les Allemands ne disposent que de deux camions,
ce qui retarde les opérations. Le train se
constitue donc lentement, au centre de triage
de la gare de Laluque pour rassembler finalement
67 wagons.
Le 27 juillet 1944, le départ du train est
affiché en gare, pour le soir même.
Il n'y a plus une minute à perdre. Henri
Ferrand ne dispose que de deux pains de plastic
qu'il transporte avec lui. Il réussit à
surprendre la vigilance des soldats chargés
de surveiller ce précieux trésor de
guerre et qui, pour ce faire, patrouillent sans
arrêt autour des rames de ce train de munitions.
Henri Ferrand parvient à jeter son premier
explosif à travers l'ouverture d'un wagon.
Le deuxième pain de plastic, il le balance
dans le septième wagon, lequel par chance,
transporte de la poudre. Il quitte les lieux sans
dommage.
Le lendemain, un soldat allemand se souviendra
d'un homme au chapeau mou. Mais les recherches
n'aboutiront pas.
D'autant qu'un avion allié a mitraillé
le train dans l'après-midi, et la population
interrogée par la Gestapo qui enquête,
affirmera que l'explosion a été provoquée
par l'aviation.
Les dégats sont considérables. La gare
de Laluque ressemble à un champ de ruines.
Les Allemands s'acharnent à sauver ce qui
peut encore l'être.
Une nouvelle locomotive est envoyée sur place.
Les résistants interviennent à nouveau
et la font dérailler.
Désormais, c'en est fini des munitions de
Taller pour les armées allemandes du front
de Normandie.
Henri Ferrand est heureux.
Les munitions de l'occupant ont été
détruites. Mais surtout, il est heureux car
il redoutait d'avoir à déplorer des
pertes en vies humaines parmi les familles du
quartier de la gare, son quartier. L'explosion
a provoqué un vacarme extraordinaire entendu
à 50 km à la ronde; un affolement général
s'en est suivi.
Mais personne n'a été tué.
Le 30 juillet, radio Londres annonce la destruction
du train de munitions de Laluque.
L'événement est en effet considérable
car il aura pour conséquence d'asphyxier
les troupes allemandes du verrou de Rennes.
Dans le cahier du général Patton et
dans les mémoires de Churchill, le sabotage
des armes et munitions de Laluque est mentionné.
Bel hommage à l'efficacité de la
Résistance intérieure, à ses
soldats sans uniforme et à ses martyrs.
En 1986, une plaque commémorative est apposée
sur le batiment de la gare;
A Laluque, la Résistance a écrit l'une
des plus belles pages de l'histoire de la France
combattante contre l'hitlérisme.
Le dépôt occupait une
énorme superficie
Il s'étendait sur 2
kms le long de cette route qui relie Taller à
St Girons et de près de 200 m de chaque
côté.
L'hommage
du général Patton
Ce général
américain, commandant de la troisième
armée américaine,
exploita victorieusement le trouée
d'Avranches
et atteignit Rennes le 4 août 1944.
Dans ses Cahiers de guerre, il écrit
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"La
destruction du train de Laluque a
provoqué, avec le maximum d'opportunité
l'asphyxie de l'artillerie allemande
qui ne put s'opposer au franchissement
de la Sélune, rivière de
Normandie, par 100 000 hommes et 15
000 véhicules de l'armée
américaine." |
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A l'occasion de la pose de la plaque sur la gare,
en 1986, le général Bergé félicite
Henri Ferrand.
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