|

|
 |
LE
CONSEIL NATIONAL DE LA Résistance
| Ainsi
fut créé le Conseil National
de La Résistance...(Suite) |
Dans
quelles circonstances ont été
retenus le lieu et la date de la réunion
constitutive du C.N.R ?
R.C.:Le
principe de la création du C.N.R avait
été confirmé par les deux
missions que de Gaulle avait confiées
à Jean Moulin en 1942 et en 1943, lors
de leurs rencontres à Londres. Il fallait
passer à l'application, le mois de
mai 1943 fut retenu pour la réunion
constitutive. Les diverses formes de Résistance,
mouvements, partis, syndicats, avaient acquis
une grande expérience de la vie illégale
et les arrestations nombreuses qui avaient
décimé certaines organisations
avaient conduit au renforcement des règles
de sécurité, rendant moins périlleuses
les rencontres clandestines.
Au mois de mai l'accord politique étant
réalisé, il ne restait plus que
la réunion à organiser. Paris
était la véritable capitale de
la Résistance. Cela ne veut pas dire
qu'il n'y avait de Résistance qu'à
Paris, mais les responsables au niveau le
plus élevé y résidaient,
clandestinement bien entendu.
Jean Moulin, Pierre Meunier et moi appartenions
avant la guerre à l'équipe de
Pierre Cot le ministre du Front Populaire.
Tout comme le colonel Frédéric
Manhès qui fut un des bras droits de
Jean Moulin, mais qui fut arrêté
au début de l'année 1943 et déporté
à Buchenwald. Nous étions habitués
à travailler ensemble et formions une
équipe homogène et soudée.
Il était normal que le choix du lieu
de la réunion se porte sur un appartement
qu'occupait un haut fonctionnaire de nos
amis. Nous connaissions ses sentiments patriotiques
et républicains et aussi son courage
car, pour lui et sa famille le moindre accident
aurait pu avoir des conséquences dramatiques.
C'était dans un quartier de Paris suffisamment
fréquenté pour que des mouvements
discrets n'y soient pas remarqués.
La date du 27 mai avait été communiquée
à chacun, mais il parut préférable,
pour assurer la maximum de sécurité
de ne communiquer à personne l'adresse
du lieu de la réunion. Seuls Jean Moulin,
Pierre Meunier et moi même la connaissions.
Chaque délégué avait un rendez-vous
éloigné du lieu de réunion
et c'est deux par deux que Pierre Meunier
et moi même allâmes les récupérer.
Cette réunion a été la plus
importante dans l'histoire de la Résistance,
et aussi la plus périlleuse en raison
de la qualité des participants tous
recherchés par la police. Nous avons
conservé la même technique pour
l'organisation ultérieure des réunions
du C.N.R et de son Bureau. Jamais nous n'eûmes
le moindre désagrément. Plus d'un
demi-siècle après, je ne cesse
de penser que si les mêmes précautions
de sécurité avaient été
prises lors du rendez-vous de Caluire, Hardy
n'aurait jamais pu conduire la Gestapo jusqu'au
lieu de réunion et Jean Moulin n'aurait
pas été arrêté.
La réunion fut relativement brève.
Sécurité oblige. Jean Moulin rappela
les buts de la France Combattante tels que
les avaient définis de Gaulle. Le représentant
des Chrétiens-Démocrates Georges
Bidault présenta une motion qui, après
échange de point de vues, fut adoptée
à l'unanimité et qui soulignait
notamment la volonté de la Résistance
de voir se constituer à Alger un gouvernement
présidé par le Général
de Gaulle. On a écrit beaucoup de choses
sur l'âpreté des discussions.
En fait tout se déroula dans une atmosphère
d'unité patriotique et de dignité.
 |
| Le
CNR reconnut l'autorité du Général
de Gaulle |
Comment
va s'organiser l'activité du C.N.R
et dans quel sens ?
R.C:L'arrestation
de Jean Moulin en juin 43 retarda, mais
de très peu relativement, la mise en
place des structures du C.N.R; de trois
mois environ, ce qui est peu si l'on veut
se souvenir que le travail clandestin imposait
des servitudes particulières. Nous
n'avions pas d'adresses, pas de téléphone,
pas de bureau fixe, et chacun avait un nom
qui n'était pas le sien et que les
autres ne connaissaient pas. Heureusement
d'ailleurs.
Dans l'ordonnance concernant le Conseil
National de la Résistance, et les diverses
déclarations de de Gaulle, notamment
celle du début mai 1943, les tâches
du C.N.R ne sont pas précisées.
A Londres, la Résistance intérieure
était surtout considérée
comme une force d'appoint au moment du débarquement.
Mais le C.N.R était né du combat,
pour le renforcer, et ne pouvait pas ne
pas se consacrer aussi à son développement.
Le premier appel à la Nation, lancé
par le C.N.R assume, en communauté
étroite avec le Comité Français
de la Libération Nationale et dans
la fidélité à la doctrine
de la France combattante, la mission d'inspirer,
de coordonner et de diriger la lutte du
peuple français sur son propre sol.
Comme je l'ai dit, le C.N.R ne fait pas
disparaître l'identité des organisations
qui le composent. Il les unit dans la diversité.
Pour assurer le maximum de sécurité,
ce qui excluait la répétition
de réunions nombreuses, le C.N.R ne
tiendra que trois séances plénières
jusqu'à la Libération, tout en
effectuant un travail efficace.
A compter de septembre 43, le travail permanent
sera assuré par un Bureau de cinq membres
qui lui se réunira très fréquemment
au moins une fois par semaine. Chacun y
représente sa propre organisation et
deux autres membres qui l'ont désigné.
Quand ils seront créés, les Comités
départementaux de la Libération
constitueront le prolongement dans le pays
du C.N.R. Avec le C.N.R, la Résistance
a une dimension nationale.
 |
Un
Comité départemental de
Libération
Celui de Saintes en Charente-Maritime |
Quelles
conséquences politiques va avoir l'arrestation
de Jean Moulin ?
R.C: Le
disparition de Jean Moulin en juin 43 va
modifier l'ordre des choses, mais le travail
du C.N.R ne s'en ressentira pas. Jean Moulin
était à la fois le Président
du Conseil National de la Résistance
et le représentant en France occupée
du C.F.L.N., présidé par de Gaulle.
Jean Moulin n'avait pas, en France, d'adjoint
envoyé par Londres qui ait l'autorité
suffisante pour s'imposer à la Résistance
intérieure. Jean Moulin n'avait été
accepté dans sa double mission que
parce qu'il était un combattant de
l'intérieur. On ne pouvait pas ouvrir
une crise qui aurait nui à l'unité
de la Résistance. Le C.N.R décida
par un vote, de désigner un successeur
à Jean Moulin.
Ce fut Georges Bidault qui, représentant
les chrétiens-sociaux, se situait au
centre de l'échiquier politique, c'est-à-dire
en bonne position pour veiller à l'équilibre
et à l'unité du C.N.R. Il avait
pour lui qu'avant la guerre, il avait été
très actif dans la lutte contre les
accords de Munich, et Jean Moulin avait
pensé que s'il venait à disparaitre,
Georges Bidault serait le meilleur candidat.
Ce dernier, en outre, appartenait à
la fois à Combat et au Front National.
On a dit beaucoup de sottises sur les conditions
de l'élection de G. Bidault. On a prétendu
que son élection a été une
manoeuvre de Pierre Meunier et de moi, téléguidée
par le Parti Communiste. Cela ne repose
sur aucun fondement. C'était l'homme
qui correspondait aux exigences de la situation.
Il n'est pas sain de juger les événements
de cette époque en fonction de nos
préférences contemporaines.
|
|
|
|
|
|