Le plus jeune sous-préfet de France…




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Jean Moulin

Jean Moulin est né le 20 juin 1899 à Béziers  dans une famille républicaine originaire de Saint-Andiol, dans les Bouches-du-Rhône.
Son grand-père, Jean-Alphonse, subit la répression politique aux débuts de la IIIème République, étant emprisonné en 1877 comme «rouge» pour avoir affiché des opinions républicaines.
Son père, Antoine-Emile, professeur de français et de latin puis d’histoire-géographie aux collèges de Bédarieux puis de Béziers, devint militant radical, sera élu conseiller municipal puis adjoint au maire de Béziers. Dans le contexte antisémite de l’affaire Dreyfus (1894-1906), il fut dreyfusard et adhéra à Ligue des Droits de l’Homme à sa création en 1898, en devenant plus tard président de sa section de Béziers. En 1902, il est reçu dans la Franc-maçonnerie, en 1905, il prend position en faveur de la séparation de l’église et de l’Etat.
 En 1913, Antoine-Emile Moulin est élu au Conseil général de l’Hérault, dont il deviendra vice-président. 
Il avait  épousé en 1885, Blanche Pègue, âgée de 18 ans et profondément croyante, dont il respectera les convictions. Ils auront quatre enfants : une fille (1886) morte en bas âge, Joseph (1888-1907), Laure (1892-1975) qui deviendra professeur et Jean.
Ce dernier, bachelier en 1917, intègre cette même année l’administration préfectorale grâce aux bonnes relations de son père avec le Préfet, s’inscrivant parallèlement à la faculté de droit de Montpellier. Mobilisé en avril 1918, Jean Moulin, est envoyé sur le front des Vosges où il apprendra la signature de l’armistice du 11 novembre 1918.

Le plus jeune sous-préfet de France
Revenu à la vie civile, il entame, licencié en droit, une carrière dans l’administration préfectorale, qui va le conduire à devenir Chef du cabinet du préfet des Savoie en 1923, puis, devenant ainsi le plus jeune sous-préfet de France, il est nommé en octobre 1925 sous-préfet d’Albertville, en Savoie où, en 1928, est élu un jeune député radical-socialiste : Pierre Cot.
C’est à Albertville qu’il épousera le 27 septembre 1926 Margueritte Cerutti, dont il divorcera le 19 juin 1928.
Dans le cadre des mouvements préfectoraux, Jean Moulin sera successivement nommé sous-préfet de Châteaulin, dans le Finistère, où il restera en poste de janvier 1930 à juin 1933, puis de Thonon, en Haute-Savoie, de juin à octobre 1933.
En décembre 1932, Pierre Cot va entrer au gouvernement comme sous-secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères du cabinet Paul Boncour, avant d’être nommé du 31 janvier 1933 au 7 février 1934 ministre de l’Air dans les cabinets radicaux-socialistes Daladier I, Sarraut,  Chautemps et Daladier II.
C’est alors qu’il est membre du gouvernement que Pierre Cot va demander dans un premier temps à Jean Moulin – dont il avait fait la connaissance lorsque celui-ci était en poste à Albertville – d’être chargé de mission à son cabinet, tout en conservant son poste de sous-préfet de Châteaulin. Nommé en  sous-préfet de Thonon en mai 1933, il va rejoindre en octobre Paris pour prendre les fonctions de Chef de Cabinet de Pierre Cot.
Ce cabinet comprenait des hommes qui dans l’avenir joueront un rôle plus ou moins important dans les années voire décennies suivantes, tel Louis Joxe, futur ministre du général de Gaulle, René Corbin, chez qui se tiendra dix ans plus tard la première réunion du CNR, Henri Puget, futur Conseiller d’Etat, Daniel Haguenau, futur ingénieur des Ponts et Chaussées…
Quelques jours avant que les émeutes du 6 février 1934 n’entrainent la chute le lendemain du ministère Daladier II, un jeune rédacteur du ministère des Finances effectuant son service militaire au 1er bataillon de l’Air, Pierre Meunier, intégra le cabinet de Pierre Cot. Ces quelques jours furent suffisants pour que se noue une amitié durable entre Jean Moulin et Pierre Meunier, que les évènements ultérieurs rapprocheront encore
Quittant le gouvernement le 7 février 1934, Pierre Cot va regagner la Savoie dont il reste député de la circonscription de Chambéry-nord ; et Jean Moulin Thonon. Tous deux – qui partagent le même goût du ski - partiront ensemble quelques jours en vacances au Tyrol ; des vacances tyroliennes communes qui se répéteront à l’hiver 1934 et à l’hiver 1935. Avant de quitter le cabinet de Pierre Cot, Jean Moulin avait nommé Pierre Meunier au secrétariat de René Corbin, alors directeur du budget et du personnel au ministère de l’Air ; Pierre Meunier qui parallèlement, va être le secrétaire parlementaire de Pierre Cot.
Quant à Jean Moulin, il va être nommé secrétaire général de la Préfecture de la Somme début juin 1934,  entrant en fonctions début juillet, après avoir consacré l’essentiel de cet intermède professionnel à achever huit eaux-fortes pour illustrer – sous le nom d’artiste de Romanin - l’ouvrage «Armor» du poète breton Tristan Corbière.
Le séjour de Jean Moulin dans la Somme, durant lequel, il eut à assurer à plusieurs reprises l’intérim du Préfet, va s’achever à l’été 1936 : lors des élections des  26 avril et 3 mai 1936, les partis de gauche rassemblés au sein du Front populaire – Parti socialiste, communiste, radical-socialiste et divers gauche – obtiennent plus de 57% des suffrages et Léon Blum, leader du Parti socialiste forme un gouvernement dans lequel Pierre Cot, réélu député radical-socialiste de Savoie, redevient ministre de l’Air.

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1 Sous l’Occupation, Jean Moulin ouvrira le 9 février 1943 à Nice la galerie d’art Romanin, couverture de ses activités clandestines.

Chef de cabinet de Pierre Cot
Pierre Cot va de nouveau faire appel à Jean Moulin pour diriger à partir du 6 octobre 1933 son cabinet civil. Dans une lettre qu’il écrira le 3 février 1937 au père de Jean Moulin, Pierre Cot lui dira «Je souhaite qu’il soit longtemps près de moi, c’est non seulement le plus sur des amis, mais aussi le meilleur des conseillers».
Pierre Meunier se verra confier le secrétariat particulier du ministre, dont le cabinet civil s’étoffera avec des anciens du cabinet de 1933-1934 tels René Corbin, Louis Joxe et Henri Puget, mais aussi des hommes tels André Labarthe, un ingénieur qui rejoindra plus tard la France Libre, Jacques Kayser, neveu d’Alfred Dreyfus et journaliste réputé, Jean Langevin, fils du savant Paul Langevin. Apporteront leur concours Frédéric-Henri Manhès, capitaine de réserve, qui sera  admis en novembre 1937 au service actif dans l’armée de l’Air, Gaston Cusin, un syndicaliste CGT des douanes, nommé sous-chef de cabinet du ministre des Finances Vincent Auriol, choisi par Léon Blum pour être délégué pour les relations interministérielles avec la République espagnole, il rejoindra en janvier 1938, comme directeur-adjoint auprès de Jean Moulin, le cabinet de Pierre Cot lorsque celui-ci deviendra ministre du Commerce ; intégrera aussi le cabinet, entre mars 1937 et le 8 avril 1938, Robert Chambeiron, qui effectue alors son service militaire au 1er bataillon de l’Air .
Pierre Cot – avec à ses côtés Jean Moulin et Pierre Meunier - sera fortement impliqué dans l’aide à la République espagnole, ses services, tournant l’embargo de la «non-intervention», faisant notamment passer clandestinement du matériel et même des avions aux forces républicaines.
Sous la direction de Jean Moulin, le cabinet de Pierre Cot préparera aussi des nationalisations dans l’aéronautique, la fusion de compagnies aériennes dans Air France et, avec le concours de Joseph Sadi-Lecointe, un ancien pilote devenu parlementaire, le développement de l’Aviation populaire, perçue aussi comme une préparation à la formation de pilotes pour l’armée.
La chute le 8 avril 1938 du second ministère Blum - dans lequel Pierre Cot avait conservé le ministère du Commerce - va marquer la fin du Front Populaire. Jean Moulin, qui avait été nommé le 26 janvier 1937 préfet de l’Aveyron, n’occupant son poste  qu’à peine plus d’un mois avant d’être placé en position de préfet hors cadre et de revenir détaché au cabinet de Pierre Cot, fut à nouveau nommé le 26 avril 1938 préfet de l’Aveyron. Il resta jusqu’en janvier 1939 en poste à Rodez, où il reçut à plusieurs reprises la visite de ses amis Pierre Meunier et André Labarthe.
Le 21 janvier 1939, Jean Moulin sera nommé préfet d’Eure-et-Loir, rejoignant le 22 février 1939 son poste à Chartres, où il va avoir rendez-vous avec l’Histoire.
L’Allemagne hitlérienne ayant envahi la Pologne le 1er septembre 1939, la France et l’Angleterre lui déclarèrent la guerre le 3 septembre. Jean  Moulin, qui  a demandé  à être relevé de ses fonctions de préfet et mobilisé en cas de conflit, a vu sa demande rejetée et est affecté spécial à son poste de Préfet à Chartres.

Le Préfet de Chartres resté à son poste
Quand le 10 mai 1940, la Wehrmacht passe à l’attaque à l’ouest, contre les Pays-Bas, la Belgique et la France, la «Drôle de guerre» - quasi-immobilité du front franco-allemand en Alsace et Moselle depuis septembre 1939 – devient la guerre : à une supériorité relative en termes d’effectifs et de matériels, la Wehrmacht joint une supériorité bien réelle de conception offensive, par l’emploi massif et coordonné de l’aviation (stukas) et des blindés (panzers), qui enfoncent le front, contraignant les Pays-Bas à capituler le 17 mai et la Belgique le 28 mai.
Des dizaines de milliers de civils belges refluent vers la France, bientôt être rejoints sur les routes de l’exode par des centaines de milliers de civils français du Nord et du Nord-est du pays, fuyant l’avancée des troupes allemandes ayant percé les lignes françaises à Sedan le 13 mai et qui, par un mouvement enveloppant vers l’ouest ont atteint les côtes de la Manche, le 20 mai.
A Chartres, le Préfet Jean Moulin va déployer de gros efforts pour accueillir, soigner et ravitailler les réfugiés qui ont atteint la ville, ainsi que les militaires blessés qui y ont été évacués.
Le 3 juin, la Luftwaffe attaque la base aérienne de Chartres-Champhol. Une attaque qui sera renouvelée les 14, 15 et 16 juin, des bombes tombant sur les vieux quartiers de la ville et y faisant des victimes. Jean Moulin va diriger les secours et s’efforcer d’endiguer la panique,.
Pendant ces heures dramatiques, Jean Moulin va recevoir la visite d’un ami proche, ancien du cabinet de Pierre Cot, le commandant d’aviation Frédéric-Henri Manhès, qui, dix ans plus tard, racontera : «J’eus l’’honneur d’être son confident et son second dans la Résistance, depuis l’époque où nous décidâmes dans son cabinet de Préfet d’Eure-et-Loir, à Chartres, au cours de la nuit du 14 au 15 juin 1940, de ne jamais abandonner le combat, quel que fut l’aboutissement de la poussée hitlérienne». Déclarée ville ouverte, Paris – que le gouvernement avait quitté le 10 juin pour Tours -était tombée dans la journée du 14 juin.
Les troupes françaises s’étant repliées à 2 heures du matin, c’est le lundi 17 juin à 7 heures que les troupes allemandes font leur entrée dans Chartres, accueillies dans la cour de la Préfecture par le Préfet en uniforme, le vicaire général et le maire par intérim d’une ville quasi-vidée de ses habitants et de ses personnels administratifs.
C’est vers 18 heures que deux officiers allemands vont venir chercher Jean Moulin et le sommer de signer un «protocole» dénonçant des atrocités prétendument commises par des soldats noirs de l’Armée française sur des  femmes et des enfants.

Le Résistant du 17 juin 1940
Son refus va lui valoir plusieurs heures de violences physiques, un refus que conforteront les « preuves » fournies par les Allemands : neufs corps d’hommes, de femmes et d’enfants manifestement victimes de bombardements. Brutalisé à nouveau, enfermé à 1h du matin dans une cellule et craignant de ne pas résister à de nouvelles tortures, Jean Moulin va tenter de se trancher la gorge avec un morceau de verre trouvé là.
Découvert ensanglanté à 5 heures, Jean Moulin fut envoyé par un médecin allemand à l’hôpital de Chartres puis, sur ordre du commandant allemand de la place informé des sévices qu’il avait endurés, ramené à la Préfecture où il retrouva peu à peu ses forces.
Pendant  quatre mois, Jean Moulin va réorganiser les services municipaux de Chartres et départementaux d’Eure-et-Loir, avec le souci premier d’assurer le ravitaillement des populations et celui de s’opposer aux exactions des troupes d’occupation.

"Mercier", "Rex", "Max"...
Début septembre 1940, Jean Moulin reçut la visite de son ami Pierre Meunier, démobilisé fin juillet. «Jean était très pâle – rapporte ce dernier 2 - et il avait encore un pansement sous la gorge (…). Je puis affirmer que, dès cette première rencontre, il me dit ses projets d’organisation de la Résistance.
«Se refusant à servir le gouvernement de Vichy, il envisageait de donner immédiatement sa démission. Nous avons eu une longue discussion, au cours de laquelle je lui ai conseillé d’attendre sa révocation qui, dans mon esprit et le sien d’ailleurs ne faisait aucun doute. Il se rangea à mon avis car il comprit que son départ spontané attirerait l’attention et le ferait surveiller immédiatement.» La révocation attendue eut lieu le 2 novembre 1940, avec effet au 16 novembre suivant.
Quittant Chartres, Jean Moulin se rendit quelques jours à Paris, rencontrant en premier Pierre Meunier dès le 17 novembre, ainsi que par la suite Gaston Cusin, le socialiste Robert Lacoste, le syndicaliste Charles Laurent. Jean Moulin- rapporte Pierre Meunier 3 - «m’exposa ses projets et me fixa ma première mission. Je devais, au hasard de mes rencontres, un hasard qui devait au besoin être sollicité, prospecter parmi mes amis qui avaient appartenu au Rassemblement Universel pour la Paix 4 et commencer à recenser ceux qui étaient décidés à se battre(…). Aussitôt que cette tâche me fut confiée, je proposai à mon ami de m’adjoindre une connaissance commune, Robert Chambeiron».
Le 1er décembre 1940, Jean Moulin passait la ligne de démarcation pour se rendre en zone sud dans la propriété familiale à Saint-Andiol, ne revenant à Paris jusqu’au 30 mars 1943 qu’à deux reprises : dix à douze jours en avril 1941, et en juillet 1942.
C’est, se déplaçant à Marseille, en Avignon, à Nice puis à Lyon sous l’identité de «Joseph Mercier», que Jean Moulin va entreprendre le recensement des mouvements  de Résistance s’étant créés en zone sud rencontrant les dirigeants de Combat, Franc-Tireur, Libération-Sud…
Il fut aidé en cela par Frédéric Manhès, retrouvé près de Nice dès décembre 1940 et qui va devenir jusqu’à son arrestation le 3 mars 1943 son principal adjoint pour la zone non occupée, et son délégué pour la zone occupée en assurant par de fréquents déplacements à Paris la liaison avec Meunier, qui avait pris contact avec Maurice Ripoche, de «Ceux de la Libération», avec Lecompte-Boinet de «Ceux de la Résistance», Saillant de la CGT et «Libé-Nord », Villon du «Front national», avec l’O.C.M., la « Voix du Nord »…
Quittant la France le 9 septembre 1941, Moulin arriva à Londres via le Portugal le 20 octobre et rencontra peu après tard le général de Gaulle, lui dressant un panorama de la Résistance intérieure, de ses difficultés, de ses besoins et de ses potentialités.

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2Laure Moulin, Histoire de la Résistance, tome 1, pp. 247 et 248. Editions Famot, 1976.
3 Pierre Meunier : Jean Moulin, mon ami, pp. 57 à 59.
4  Le Rassemblement Universel pour la Paix (R.U.P.), fondé en septembre 193-, coprésidé par Pierre Cote et Lord Cecil, eut dans ses rangs René Cassin, Edouard Herriot, Paul Valéry, François Mauriac…

Jean Moulin dit "Max"
Premier Délégué Général en France occupée et
Commissaire (ministre) du Comité Français de Libération Nationale
Premier Président du Conseil National de la Résistance
Compagnon de la Libération
"Max, pur et bon compagnon de ceux qui n'avaient foi qu'en la France.
A su héroiquement mourir pour elle". (Charles De Gaulle)

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